FOOTBALL au Barcarès : du terrain à la mairie – Qui mène le jeu ? Un article qui en vaut 3...

Deux délibérations du conseil municipal du 23 septembre consacrées au football
auraient pu passer presque inaperçues : 15 000 € pour un nouveau club barcarésien
et 2 500 € pour le Football Club de Villelongue-de-la-Salanque. 17 500 € au total.
Mais pour une fois ce ne sont pas les sommes qui m’ont d’abord interpellée. C’est la rédaction même de ces 2 délibérations : certains termes employés, les situations quelles décrivent, les interrogations qu’elles soulèvent: Quelle est l’origine de ces démissions et cette création?
Car derrière ces deux votes se raconte une histoire commencée plusieurs mois auparavant : celle d’un club existant, de désaccords avec la municipalité, de créneaux d’entrainements redistribués, de nouveaux utilisateurs annoncés sur les installations sportives, de démissions, puis de la naissance d’un nouveau club immédiatement accompagné par la commune.
Et une question finit par s’imposer : jusqu’où une mairie peut-elle accompagner la vie
associative sans chercher à l’orienter?
Une précision toutefois
Une précision s'impose : une grande partie des éléments permettant aujourd’hui de
comprendre cette chronologie ne nous a pas été clairement présentée par la commune au moment du vote. Statuts, composition du nouveau bureau, évolution de la présidence ou nombre de licenciés : il a fallu chercher, vérifier et croiser les informations auprès des instances fédérales, des clubs et des documents disponibles.
Mes recherches, plusieurs fois illustrées, semblent d’ailleurs suffisamment
remarquées : en conseil municipal, le premier adjoint, Florian RODRIGUEZ, avocat de profession, m’a même suggéré de mettre mes « talents d’investigation » au service de son cabinet.
Je prends le compliment : contrôler et vérifier avec pertinence fait partie du rôle de l'élu, tous les élus, majoritaire comme de l'opposition, je le rappelle . Mais devoir reconstituer nous-mêmes les éléments nécessaires à la compréhension de ce que l’on nous demande de voter en dit aussi beaucoup sur la méthode, visiblement assumée et décomplexée.
Avant le nouveau club, il y avait le FCBM
Le Football Club Barcarès Méditerranée n’est pas apparu hier. Créé en 2016 et présidé par Damien ENFRIN, il organisait depuis plusieurs années la pratique du football et son enseignement au Barcarès des équipes U6 jusqu’aux vétérans. Selon les éléments communiqués par son ancien président, le FCBM comptait 165 licenciés lors de la saison 2025-2026.
Au début de l’été 2026, les relations avec la municipalité se tendent. Les échanges portent sur les équipes, les créneaux d’entraînement, l’utilisation des terrains, le club-house tant promis, mais qu’il faudra oublié puisque « pas en prévision dans le budget! », bref , plus
largement, l’organisation du football local.
Les dirigeants du FCBM contestent notamment la nouvelle répartition des créneaux
et ce qu’ils considèrent comme une volonté municipale de peser davantage sur l’organisation du football et du club.
Le désaccord dépasse donc progressivement la simple question d’un planning.
Puis arrive un document particulièrement intéressant.
6 août : « des équipes sont susceptibles de se rajouter »
Le 6 août, le service des sports de la Ville adresse au FCBM un « planning stade prévisionnel».
Football, rugby, école de rugby, une nouvelle équipe de vétérans : les terrains sont
répartis entre différents utilisateurs. Mais c’est surtout le message accompagnant ce tableau qui mérite attention : "Voici le planning du stade à prendre au conditionnel car des équipes sont susceptibles de se rajouter après leur entretien avec Monsieur le Maire." La phrase est éclairante!
Au moment où le FCBM conteste la réduction imposée d’utilisation des équipements ou le déplacement de certains de ses créneaux à des horaires et des jours incompatible avec les joueurs, la commune, à la demande du maire, envisage parallèlement l’arrivée éventuelle d’autres équipes après entretien avec l'édile.
Il ne s’agit évidemment pas d’opposer football et rugby, ni une association à une autre. Toutes ont vocation à pouvoir pratiquer leur sport avec les mêmes moyens.
La question est celle des équipements : y avait-il suffisamment de terrains et de
créneaux pour accueillir durablement et sereinement toutes ces activités ?
Et si d’autres équipes devaient encore s’ajouter, quelle évaluation avait été faite de
l’occupation des terrains, de leur entretien, des vestiaires et des équipements
nécessaires, au risque d’évoluer dans l’inconfort d’un champs de patates ?
Multiplier les utilisateurs ne crée pas de nouveaux mètres carrés de pelouse.
Un club demeure juridiquement, un autre apparaît.
Durant l’été, plusieurs responsables du FCBM démissionnent. Mais le club n’est pas dissous.
C’est d’ailleurs la municipalité elle-même qui le reconnaîtra dans sa délibération du 23 septembre : l’association n’a alors fait l’objet ni d’une dissolution formelle ni d’une
liquidation clôturée. Parallèlement, un nouveau club apparaît.
Les statuts de la nouvelle association Union Football Barcarès, adoptés le 3
septembre 2026, désignent Benjamin CIVIL comme président, Michel CATALA comme
co-président, Cédric LE DOLL comme secrétaire et Guillaume MONCHENY comme co-
secrétaire.
Ici lien statuts et signatures des membres du bureau.
Un élément mérite ici d’être précisé : Benjamin CIVIL exerce également les fonctions
de responsable de la Régie municipale du Barcarès.
Cela ne signifie évidemment pas qu’un agent municipal ne puisse exercer des
responsabilités dans une association sportive.
Mais dans un dossier qui pose précisément la question du degré d’implication de la
municipalité dans la réorganisation du football local, l’information mérite d’être connue.
Quelques jours plus tard, à la suite du forum des associations du 5 septembre, le nouveau club remercie publiquement sur les réseaux sociaux par une belle affiche la mairie pour son « soutien et son accompagnement », ses sponsors, mais sans les citer – bien que ce soit pourtant le but du sponsoring.
Puis sa gouvernance évolue très rapidement : les informations fédérales communiquées font apparaître Guillaume MONCHENY comme président à compter du 21 septembre.
Deux jours plus tard, le conseil municipal est appelé à voter.
23 septembre : 15 000 € pour « prendre un bon départ »
La délibération propose d’attribuer 15 000 € à l’Union Football Barcarès afin, selon les termes du rapport, de lui permettre de « prendre un bon départ ». Ce soir-là, ce n’est pourtant pas le montant qui m’interpelle le plus. Ce sont les éléments qui manquent.
Je demande le budget prévisionnel permettant d’apprécier les 15 000 €, les statuts afin de connaître les pouvoirs du co-président qui, selon la délibération, a formulé la demande de subvention, mais également le fondement juridique du mécanisme prévu pour récupérer certaines sommes auprès de l’ancien club.
Les statuts que j’ai obtenus depuis prévoient que le président représente l’association. Ils organisent également les conditions dans lesquelles le co-président peut le suppléer et prévoient la possibilité de délégations.
Donc je m’interroge : à quelle date la demande de subvention a-t-elle été formulée ?
Qui était alors président ? À quel titre le co-président l’a-t-il présentée ?
Entre les statuts du 3 septembre et les informations fédérales du 21 septembre, le
président avait changé mais la délibération n’en disait rien. Cela ne suffit évidemment pas à établir une quelconque irrégularité. Cela suffit, en revanche, à justifier les questions d’un élu appelé à voter 15 000 €.
Et puis apparaît la « subrogation »
Un autre passage de la délibération mérite particulièrement l’attention.
La commune envisage de récupérer certaines sommes correspondant aux licences déjà acquittées auprès de l’ancien club « par subrogation ». Son principe est assez simple : lorsqu’elle est juridiquement constituée, une subrogation permet à une personne de prendre la place d’une autre dans ses droits afin d’exercer la créance correspondante.
La commune ne se place donc plus seulement dans la position de celui qui aide
financièrement une nouvelle association. La délibération envisage également qu’elle puisse
agir pour récupérer certaines sommes liées aux licenciés de l’ancien club.
D’où ma question en séance : sur quel fondement juridique précis la commune
entend-elle exercer ces droits à la place des intéressés? Et la réponse apportée oralement va plus loin encore.
Des sommes « encaissées indûment »
En évoquant l’ancien club, le maire indique qu’il restera à avoir des explications avec
l’ancien trésorier et le président. Puis il déclare, et les bras m’en tombent : « Il sera de leur responsabilité de restituer les sommes qu’ils ont encaissées indûment. »
Et poursuit :
« Aujourd’hui, elles ne sont pas dues, ils doivent les rembourser. Et soyez tranquille,
on mettra tout ce qu’il faudra en œuvre pour rentrer dans nos frais. » Les mots sont lourds.
Qualifier publiquement des sommes d’« encaissées indûment » revient à affirmer
qu’elles auraient été perçues alors qu’elles n’étaient pas dues.
Or aucun élément établissant ce caractère indu n’est présenté aux élus au cours de
cette séance. Et rappelons que la délibération reconnaît elle-même que l’ancien FCBM n’est alors ni formellement dissous ni liquidé. Il ne m’appartient pas d’affirmer ici que ces sommes étaient dues ou qu’elles ne l’étaient pas.
C’est précisément pour cette raison qu’une telle affirmation méritait d’être étayée.
Dans le même dossier, nous avons donc une commune qui envisage de se
« subroger aux licenciés » pour récupérer certaines sommes et un maire qui affirme déjà publiquement qu’elles auraient été « encaissées indûment » et devront être remboursées.
Voilà pourquoi j’en demandais le fondement juridique.
Le rapporteur pouvait-il répondre ?
Il existe un autre aspect de cette séance qui m’a interpellée.
Le rapporteur de ces deux délibérations est Monsieur Pierre BOBIC, Conseiller
municipal et ses délégations ne sont pas étrangères au sujet : Politique
sportive et associations sportives - gestion des équipements sportifs.
C’est donc naturellement à lui que j’adresse mes questions. Pourtant, après mon intervention sur la délibération des 15 000 €, alors que le rapporteur semble s’apprêter à répondre, le maire prend immédiatement la parole et répond lui-même en commençant par une formule qui lui est habituelle, notamment en qualifiant mes interrogations de
« polémique stérile ». Passons...
Je reviens sur le budget prévisionnel. J'essaie de redonner la parole au rapporteur,
Monsieur BOBIC, en me tournant vers lui. Mais tentative échouée, je dois admettre.
Le débat est finalement clos par le Maire, et nous passons au vote.
Le sujet pourrait s’arrêter là.
Sauf que la scène va pratiquement se reproduire quelques minutes plus tard.
Alors, 4 licenciés… ou 30 ?
J’avais également soulevé la question des effectifs pour les deux délibérations.
À 16 heures le 23 septembre, les informations fédérales que j’avais consultées
faisaient apparaître seulement quatre licences enregistrées pour le nouveau club.
Après le conseil, Monsieur Pascal FILLIOL Directeur du cabinet du maire , me rejoint et conteste vivement ce chiffre et m’assure à plusieurs reprises que l’Union Football Barcarès
compte déjà une trentaine de licenciés. J’insiste sur le fait qu’à 16h ce jour là ce
n’était pas le cas mais j’en convenais : la mise à jour pouvait ne pas faire apparaître
le nombre exact. Il évoque notamment des licences qui auraient été temporairement bloquées pour des raisons techniques. Cette explication est possible et je me garderai donc de trancher ce que les seuls documents disponibles ne permettent pas d’établir.
Mais la chronologie suivante mérite d’être relevée.
Le 26 septembre, trois jours après le vote des 15 000 €, l’équipe U12-U13 de l’Union
Football Barcarès apparaît malheureusement en « forfait » pour sa rencontre contre
le FC Claira Saint-Laurent 3. Je n’en connais pas le motif et il serait incorrect d’affirmer que ce forfait résulte d’un manque de joueurs, bien entendu.
Un relevé des enregistrements communiqué au 30 septembre fait néanmoins apparaître 23 personnes au total — joueurs, dirigeants et éducateur compris — dont 7 joueurs U12-U13. L’un d’eux porte une date d’enregistrement postérieure à cette rencontre.
Entre 4 licences visibles à 16 heures le 23 septembre, une trentaine annoncée le soir
même, un forfait le 26 et 23 enregistrements apparaissant au 30 septembre, une
conclusion prudente peut au moins être tirée : la question des effectifs posée avant le
vote n’avait rien de « stérile ». J'espère que vous suivez toujours?
Délibération suivante : « l’entente » avec Villelongue
Le conseil enchaîne avec la délibération en suivant, toujours présentée par Monsieur
Pierre BOBIC. Cette fois, il est proposé de verser 2 500 € au Football Club de Villelongue-de-la-Salanque, soit la moitié d’un budget U17 annoncé à 5 000 €, afin de permettre à de jeunes Barcarésiens de pratiquer dans cette catégorie. Je demande combien sont-ils ? Combien de jeunes Barcarésiens sont concernés par
cette subvention ? Pas de réponse en retour…
Je communique donc l’information que j’ai en ma possession selon les joueurs concernés, et sources club : 3. Trois joueurs de U17 au 23 septembre.
Puis je pose une seconde question : La délibération parle d’une « Entente », et
même d'une Entente entre la commune du Barcarès et le Football Club Villelongue
de la Salanque.
Or le terme « Entente » possède aussi une signification précise dans l’organisation
fédérale du football : les règlements de la FFF prévoient des ententes constituées
entre clubs et leur mise en œuvre relève des procédures Fédérales.
Je demande donc au rapporteur : cette entente a-t-elle été officiellement déclarée et
validée par le District, ou le mot « entente » est-il simplement utilisé ici dans son sens
courant pour désigner une coopération? Je m’adresse directement à Pierre BOBIC.
Aucune réponse précise ne m’est apportée sur ce point bien que je constate une
volonté de répondre de sa part mais l'échange est à nouveau interrompu et
je suis renvoyé à faire mes propres recherches pour obtenir moi-même l'information avant de conclure par « Je ne répondrais pas – vous non plus, ne répondez pas ! »
Je finis donc par constater en séance « Pas de réponse. Je note : pas de réponse.»
Puis nous passons au vote.
Un détail qui pourrait paraître secondaire. Il ne l’est pas vraiment.
Car à quelques minutes d’intervalle, deux délibérations concernant directement les
délégations du rapporteur sont soumises au Conseil municipal et, lorsque des
questions précises sont posées sur leur contenu, le débat se déplace immédiatement
vers le maire ou s’interrompt sans que toutes les réponses soient apportées.
Je ne prétends pas savoir ce que Pierre BOBIC aurait répondu, je constate
simplement qu'en séance, nous ne l'avons pas su. Je n’ai pas manqué de le
remercier en fin de Conseil pour avoir tenter d’apporter des réponses avant de se plier à l’ordre de ne pas répondre.
Soutenir le sport, oui. Mais jusqu’où ?
Il ne s’agit évidemment pas de contester la possibilité pour 3 adolescents de continuer à jouer au football. Il ne s’agit pas davantage de reprocher à une commune de soutenir financièrement un nouveau club.
Le sport, la vie associative et le bénévolat constituent une chance pour une ville.
Des dirigeants, éducateurs et parents donnent de leur temps pour permettre aux enfants de pratiquer une activité et faire vivre une association. C’est précisément pour cela que cet engagement doit rester préservé des considérations politiques.
Une association sportive ne devrait devenir ni le prolongement d’une municipalité, ni
un outil d’influence, ni un vivier de soutiens que l’on chercherait à fidéliser grâce aux
subventions, aux locaux ou aux équipements publics.
Je n’affirme pas que c’est ce qui s’est produit ici. Les documents dont j’ai pris
connaissance ne permettraient pas de l’écrire.
Mais lorsque les créneaux, les équipements, les relations avec la gouvernance d’un club, la naissance d’une nouvelle structure, la présence initiale d’un responsable municipal à sa présidence, son accompagnement par la mairie puis son financement se retrouvent aussi étroitement imbriqués en quelques semaines, la frontière entre soutenir, organiser et orienter mérite d’être regardée attentivement.
17 500 €… mais ce n’est finalement pas le sujet
Oui, les deux délibérations du 23 septembre représentent 17 500 € d’argent public.
Mais pour une fois, ce n’est pas le cœur du dossier. Le sujet, c’est la méthode.
Comment passe-t-on d’un club existant à une rupture durant l’été, puis à un nouveau
club constitué le 3 septembre et subventionné le 23 ?
Pourquoi un planning municipal indique-t-il que de nouvelles équipes pourront
encore être ajoutées après entretien avec le maire ?
Sur quelles pièces les élus accordent-ils 15 000 € ?
Qui a précisément sollicité cette somme au sein du bureau et avec quel pouvoir ?
Sur quel fondement la commune envisage-t-elle une « subrogation » pour récupérer
des sommes auprès de l’ancien club?
Sur quels éléments peut-on déjà affirmer publiquement que ces sommes auraient été
« encaissées indûment »?
Et pourquoi, lorsqu’on interroge le Conseiller précisément délégué à la politique
sportive et aux associations sportives, toutes ces réponses ne peuvent-elles pas
simplement être données en séance?
Pire, quand bien même il aurait pu apporter précisions sur ses connaissances du
sujet il en a été sèchement privé, j’ai même utilisé en séance le mot « muselé»
Bref, ce sont ces questions qui m’intéressent.
Car une commune peut soutenir ses associations, gérer ses équipements et
accompagner ses bénévoles, toutes associations confondues.
Mais soutenir n’est pas diriger.
Une association appartient d’abord à ses adhérents, à ses bénévoles, à ses
éducateurs et aux familles qui la font vivre.
Et demander où se situe cette frontière n’est pas créer une « polémique stérile ».
C’est vouloir proposer un cadre serein.
Et vous, qu'en pensez-vous?
