Protection fonctionnelle du 2 avril : une délibération qui interroge, un vote pour soi-même et un débat écourté.
- il y a 15 minutes
- 4 min de lecture

Comme annoncé dans l'article d'hier, retour le vote de la protection fonctionnelle.
Lors du conseil municipal du 2 avril 2026, une délibération a été adoptée afin d’accorder la protection fonctionnelle au maire. Un sujet loin d’être anodin, puisqu’il engage des fonds publics pour assurer la défense personnelle d’un élu.
Sur le papier, un débat classique. Dans les faits, une séquence révélatrice.
Une protection “quasiment automatique” ?
À une question posée en séance, Madame la rapporteuse a répondu :
« c’est quasiment une protection de droit, à partir du moment où un élu ou un fonctionnaire est victime, se considère en tout cas comme tel »
Il faut le dire clairement et sans grande surprise :NON, la protection fonctionnelle n’est pas automatique.
Elle suppose que l’élu soit réellement mis en cause dans l’exercice de ses fonctions et que les faits invoqués ne reposent sur aucune base sérieuse!
C’est précisément ce point qui mérite débat. Et donc… des questions.
Des questions… qui dérangent
Des interrogations ont été posées sur le coût de cette protection, et sur son bien-fondé, mais très vite, le ton change.
« on ne va pas passer la nuit là-dessus, une question a été posée, avançons » « ne faites pas la dame que vous n’êtes pas »
Chacun appréciera la hauteur du débat dont le sujet est ...une diffamation.
Ce qui est certain, c’est que ces propos ne favorisent ni la sérénité du débat, ni le respect des élus d’opposition.
Des éléments concrets qui interrogent
Les propos à l’origine de la demande de protection fonctionnelle ont été qualifiés de diffamatoires. Il est vrai que ce n'est certainement pas très agréable de l'entendre, mais hélas!
Car, pour les lecteurs qui souhaitent se faire leur propre opinion, les pièces sont disponibles et chacun pourra cliquer, lire, vérifier.
Quelques éléments, très factuels :
Une dette communale dépassant les 30 millions d’euros, connue de tous, relayée par des médias économiques comme le Journal du Net, et confirmée noir sur blanc dans les documents budgétaires de la commune elle-même évoquant plus de 31 millions d'€ précisé en fin de ce document.
Une situation de perception de recettes pour le moins surprenante :un encaissement de 4 000 € en espèces, demandé par le régisseur communal, au-delà des seuils autorisés, sans imputation ultérieure sur la somme due. Et là encore, il ne s’agit pas d’une rumeur : c’est écrit sur les documents. Comme on dit, “c’est marqué dessus” et ça va très vite entre la perception des espèces et la saisie administrative. *
Enfin, un marché public d’achat d’espaces publicitaires et de conseil médias, pouvant atteindre 1 million d’euros par an, conclu avec la société SNC Évelyne, liée à un groupe de presse régional, comme chacun le sait maintenant. Un marché public, publié, signé, consultable.
Alors non, il n’est pas question ici “d’inventions”.
Mais bien d’éléments objectifs, issus de documents officiels, de pièces administratives et de données publiques.
Et c’est précisément cela qui pose question.
Une situation qui interroge aussi sur les rôles
Un autre élément mérite d’être porté à la connaissance des habitants.
Lors de cette délibération, le premier adjoint, Monsieur Florian Rodriguez, est mentionné comme absent. De fait, il a quitté la salle au moment du vote et n’y a pas pris part.
Une attitude qui contraste avec celle du maire, resté en séance pour participer au débat et au vote le concernant.
Ce point nous a naturellement interpellé, nous les élus d’opposition.
En effet, Monsieur Florian Rodriguez exerce par ailleurs une activité d’avocat intervenant pour la commune dans ses affaires juridiques depuis quelques années, maintenant.
Dans ce contexte, une question se pose, de manière simple et légitime :
comment concilier l’exercice de fonctions d’élu, notamment en qualité d’adjoint, avec une activité professionnelle impliquant la gestion de dossiers juridiques pour la collectivité ?
Sans préjuger de situations individuelles, cette configuration peut interroger sur la nécessaire séparation entre intérêts publics et activités professionnelles privées.
Et, plus largement, sur l’opportunité, dans un souci de clarté et de transparence, de se dessaisir de certains dossiers lorsqu’ils concernent directement la collectivité au sein de laquelle on exerce, un mandat.
Pourquoi j’ai saisi le préfet
Face à cette situation, un signalement a été adressé aux services de la préfecture.
Il porte sur la participation du maire à cette délibération puisqu'elle le concernant directement. Egalement sur les conditions de déroulement du débat et le bien-fondé même de la protection fonctionnelle.
Car une question simple se pose : peut-on mobiliser de l’argent public pour se défendre contre des propos qui reposent sur des faits vérifiables ?
Éclairer, tout simplement
Cet article n’a pas vocation à accuser. Il vise à éclairer.
Dans une démocratie locale poser des questions est légitime comme demander des explications est normal et aussi s’appuyer sur des documents publics est sain et primoridal.
Ce qui l’est moins, en revanche, c’est d’empêcher le débat lorsqu’il devient inconfortable.
Une question, au fond
Une question demeure.
Pourquoi solliciter une protection fonctionnelle dans un contexte où des interrogations existent sur certaines modalités de perception de recettes, notamment un encaissement en espèces documenté? Pourquoi, encore, quand la situation financière de la commune fait apparaître un encours de dette de plus de 31 millions d’euros? Pourquoi, une fois de plus, alors qu’un marché public prévoit l’allocation d’une enveloppe pouvant atteindre 1 million d’euros par an pour des prestations de communication auprès d’un groupe de presse ?
Autant d’éléments qui ne relèvent pas d’affirmations gratuites, mais de documents publics ou de pièces vérifiables.
Dès lors, la question n’est peut-être pas tant celle des propos…que celle de la réalité qu’ils interrogent.
Je ne remets pas en cause l’émotion que cette situation a pu susciter chez Monsieur le Maire. Mais une émotion personnelle suffit-elle à engager une délibération et des fonds publics ?
À chacun désormais de se faire une opinion — sur pièces.
La Lanterne continuera d’éclairer ces sujets.
Qu'en pensez-vous?
*Information complémentaire : Une nouvelle notification a été adressé à Monsieur KASPERSKI le 14 mars 2026 faisant mention de l'accompte de 4000 € versé le 3 janvier 2026.


